Logements neufs : la baisse se poursuit malgré le lancement du dispositif Jeanbrun

Logements neufs : la baisse se poursuit malgré le lancement du dispositif Jeanbrun

Le marché immobilier français traverse une nouvelle phase de turbulences. Alors que le dispositif Jeanbrun a été lancé avec l’ambition de relancer la construction, les chiffres du deuxième trimestre 2026 révèlent une réalité plus contrastée. Les réservations de logements neufs par les particuliers poursuivent leur érosion, et l’écart se creuse avec une offre qui, elle, augmente. Retour sur une situation qui interroge tout l’écosystème de la promotion immobilière.

Logements neufs : une baisse persistante des réservations au T2 2026

Selon les données officielles publiées jeudi 20 août, le nombre de logements neufs réservés par des particuliers a reculé de 4,8 % entre avril et fin juin, pour s’établir à 16 112 unités. Ce repli touche à la fois les appartements en habitat collectif (-4,6 %) et les maisons individuelles (-7,6 %), signe que la défiance n’épargne aucun segment.

Pourquoi un tel décalage entre l’offre et la demande ? Cette contre-performance s’inscrit dans une tendance de fond. Sur l’ensemble du premier semestre, un peu plus de 33 000 logements ont été réservés, un volume stable par rapport à 2025, pourtant considérée comme l’une des pires années de la crise du secteur. La reprise espérée n’a donc pas eu lieu, et le marché piétine.

Une offre en hausse qui aggrave le déséquilibre

Le paradoxe est frappant. Pendant que la demande reste atone, l’offre s’accroît : les promoteurs ont mis en vente 11,1 % de logements supplémentaires au cours du dernier trimestre. Résultat, le stock de biens invendus a augmenté de 1,6 % entre fin mars et fin juin.

Cette situation crée un déséquilibre économique préoccupant. Les professionnels du secteur, interrogés par BFM TV, pointent un cercle vicieux : des ventes insuffisantes, des trésoreries sous tension, et des projets de construction mis à l’arrêt. Loin de l’embellie annoncée, la promotion immobilière continue de subir les conséquences de la hausse des taux d’intérêt amorcée en 2022, qui a durablement réduit la capacité d’emprunt des ménages.

Le dispositif Jeanbrun, une aide gouvernementale encore trop timide

Pour endiguer cette spirale, le gouvernement a mis en place, en février dernier, un nouveau mécanisme fiscal destiné à soutenir l’investissement locatif. Baptisé dispositif Jeanbrun, du nom du ministre du Logement Vincent Jeanbrun, il vise à favoriser la construction de 50 000 logements supplémentaires par an. Un objectif ambitieux, mais qui se heurte à une réalité plus complexe.

Concrètement, cette aide gouvernementale permet aux ménages propriétaires d’imputer le déficit foncier sur leur revenu global lors de la déclaration de revenus. Sur le papier, l’idée est séduisante. Mais plusieurs cabinets de gestion de patrimoine soulignent que le mécanisme profiterait essentiellement aux investisseurs les plus aisés, déjà multipropriétaires. De quoi freiner l’élan des primo-accédants et des classes moyennes, pourtant ciblés par le dispositif.

Un accueil prudent de la part des promoteurs

Les acteurs de la promotion immobilière ont d’abord salué la mesure, y voyant une bouffée d’oxygène après plusieurs années de vaches maigres. Mais l’enthousiasme est retombé. Les réservations liées au dispositif Jeanbrun restent marginales, et le ministère envisage désormais d’assouplir le cadre dans le prochain projet de loi sur le logement.

Le cas de Nexity est à cet égard révélateur. Le géant du secteur constate certes une progression des réservations au premier trimestre, dont certaines sont liées au nouveau dispositif, mais son chiffre d’affaires reste en repli. Une situation en demi-teinte qui illustre les difficultés d’une mesure jugée trop restrictive.

Quelles perspectives pour le marché immobilier et l’investissement ?

Face à cette déception, les investisseurs s’interrogent. Le crédit immobilier, bien que légèrement plus accessible qu’en 2025, n’a pas retrouvé son niveau d’avant-crise. Et la diminution des mises en vente, en baisse de 6,5 % en glissement annuel, laisse présager une pénurie d’offre à moyen terme.

Le gouvernement espère que l’assouplissement du dispositif Jeanbrun relancera la machine. Mais les professionnels, eux, attendent des signaux plus forts, notamment sur la simplification des normes de construction et la sécurisation du foncier afin de redonner confiance à l’ensemble de la filière.

Les chantiers prioritaires pour relancer le secteur

Pour sortir de l’impasse, plusieurs pistes sont régulièrement évoquées par les acteurs de l’immobilier. Voici les principales attentes :

  • 🏗️ Un élargissement du dispositif Jeanbrun aux classes moyennes, avec un plafond de loyer revu à la hausse pour encourager l’investissement locatif.
  • 📉 Un assouplissement des conditions d’octroi du crédit immobilier, afin de redonner du pouvoir d’achat aux acquéreurs.
  • 📜 Une accélération des procédures d’urbanisme pour réduire les délais de construction et limiter les coûts.
  • 🏡 Des aides ciblées pour l’accession à la propriété des primo-accédants, notamment dans les zones tendues.

Le chemin est encore long avant un retournement durable du marché. Mais une certitude émerge : sans une politique volontariste et cohérente, la crise du logement neuf risque de s’inscrire dans la durée. Le dispositif Jeanbrun, pour l’heure, n’a pas réussi à inverser la tendance, et les prochains mois seront décisifs pour juger de son efficacité réelle.

Laisser un commentaire

Prouvez que vous êtes humain : 0   +   2   =